Vous avez entendu parler de ce que l’on appelle communément l’« investissement passif »? Si vous êtes un client Wealthsimple, la réponse est sans doute « oui ». Nous sommes ravis de constater que l’investissement passif est devenu extrêmement prisé, puisqu’il repose sur les mêmes idées que la stratégie de Wealthsimple : plutôt que de tenter de surpasser le marché en achetant et en vendant constamment des actions, des obligations et d’autres placements, nous préférons investir à long terme dans des grappes entières du marché moyennant des frais réduits. C’est la façon la plus efficace d’investir depuis maintenant une bonne centaine d’années. Qui plus est, elle a donné raison à Warren Buffett lors d’un pari contre le gestionnaire d’un fonds de couverture, puisque le rendement de l’investissement passif l’a emporté sur celui du fonds en question.

Cela dit, personne ne devrait sous-estimer la valeur d’une recherche et d’une analyse en profondeur pour construire un portefeuille efficace. C’est un aspect qui est loin d’être passif. Dans cet esprit, nous tenions à vous informer des changements que nous avons récemment apportés à nos portefeuilles – d’abord parce que nous croyons en l’importance d’être transparents auprès de nos clients, mais aussi parce que nous sommes plutôt fiers de ces rajustements.

Nous avons demandé à Michael Marco, directeur des investissements à Wealthsimple, de nous expliquer ce qui a changé (et ce qui est resté tel quel).

Si je comprends bien, vous avez simplement regardé l’évolution des marchés et apporté quelques changements sous l’impulsion du moment?


Pas du tout. Nous évitons de miser sur la dynamique à court terme des marchés en raison de leur caractère imprévisible. L’une des choses les plus importantes à comprendre dans notre secteur d’activité, c’est que personne ne peut prédire l’avenir. Dans l’espoir de surpasser les marchés, de nombreux investisseurs consacrent beaucoup de temps et de ressources à tenter de prédire l’évolution de certains actifs, puis font leurs paris en conséquence. Dans la grande majorité des cas, ils auraient autant, sinon plus de chances de réussir en choisissant des placements au hasard.

Si vous faites abstraction de l’évolution des marchés, en quoi consistent alors les changements, et qu’est-ce qui vous a motivés à les faire?


Nous tenons à ce que les placements de nos clients dégagent les meilleurs rendements possible, y compris lorsque les marchés ralentissent. L’un des meilleurs moyens d’y parvenir est la diversification. Malheureusement, il arrive souvent que le risque d’un portefeuille repose principalement sur les actions. D’une part, les investisseurs aiment bien les rendements de ces titres. D’autre part, lorsque les marchés plongent, ils ont peu de marge de manœuvre pour les protéger. La panique s’installe, et ils décident de vendre leurs placements, souvent au pire moment.

Dans ce cas, qu’avez-vous changé pour éviter que mes émotions prennent le dessus?

Nous avons ajouté trois types d’actifs à nos portefeuilles, soit les actions à volatilité minimale, les obligations à longue duration et les obligations indexées sur l’inflation, en plus de rehausser la diversification géographique des placements.

Voilà qui est intéressant. Commençons par la diversification géographique. Que gagne-t-on à connaître l’endroit où se trouve une société?


Il est risqué d’investir démesurément dans un seul et même pays. En investissant aux quatre coins du monde, vous réduisez au minimum votre vulnérabilité aux risques d’un pays donné. C’est dans cette optique que nous avons étoffé nos placements en actions internationales, notamment en titres des marchés émergents. Ainsi, même si un marché était malmené, les répercussions sur nos clients seraient relativement limitées.

Excellent. J’aimerais revenir sur les autres améliorations que vous avez apportées aux portefeuilles. Elles ont l’air bien belles, mais dans le fond, les « actions à volatilité minimale », qu’est-ce que ça mange en hiver?

Supposons que vous investissez dans l’indice S&P 500 par l’intermédiaire d’un fonds négocié en bourse (FNB). En réalité, vous n’investissez pas dans les 500 plus grandes sociétés cotées en bourse des États-Unis équitablement, mais plutôt en fonction de leur taille relative. C’est un moyen abordable d’investir dans l’ensemble du marché, mais sur le plan de la répartition du capital, ce n’est pas forcément efficace.

Permettez-moi de vous interrompre. Êtes-vous en train de dire qu’il ne faut pas nécessairement se tourner vers les plus grandes sociétés?

Exactement. Même si Apple fait 70 fois la taille de Domino’s Pizza, votre portefeuille ne doit pas pour autant contenir 70 fois plus de titres d’Apple. La raison est simple : rien n’indique que le titre d’Apple dégagera un rendement beaucoup plus élevé que celui de Domino’s Pizza. En fait, Apple pourrait bien faire moins belle figure.

Équipondérer les actions, c’est mieux. Et tenir compte de la volatilité et de la complémentarité des actions, c’est encore mieux. Si vous avez investi massivement dans des actions volatiles, les répercussions sur votre portefeuille risquent d’être lourdes. Vous ne voudriez pas que le rendement d’Apple éclipse celui de Domino’s Pizza, pour reprendre l’exemple de tout à l’heure. De même, vous ne voudriez pas que vos actions les plus volatiles prennent le dessus sur vos titres les moins volatils. Augmenter la pondération des actions à volatilité minimale revient à investir davantage dans des titres peu volatils et bien diversifiés.

Quels sont les effets de cette stratégie sur le portefeuille?

Je tiens à préciser que si l’ensemble des marchés plongent, nos portefeuilles en feront autant. Cela dit, les actions à volatilité minimale procurent une meilleure protection contre les replis du marché que les actions traditionnelles. Elles sont également plus efficaces, puisqu’elles sont conçues pour réduire le risque au minimum sans sacrifier le rendement. Par le passé, elles ont surpassé les stratégies traditionnelles pondérées selon la capitalisation boursière (c’est-à-dire dont les actions sont pondérées en fonction de la taille).

Nous ignorons si les actions à volatilité minimale maintiendront leur position avantageuse, mais compte tenu de leur conception, nous avons bon espoir qu’elles continueront à atténuer les risques. C’est ce qui nous permet de prendre plus de risques liés aux obligations dans nos portefeuilles.

Je croyais que les obligations étaient sans risque. Ce n’est pas le cas?

La croyance populaire veut que les obligations soient des actifs prudents sans risque. Pourtant, elles ont leur lot de risques, elles aussi. Comme la plupart des placements, elles peuvent fluctuer. Leur risque est proportionnel à leur duration et, par extension, à leur sensibilité aux taux d’intérêt. Pour diversifier le risque lié aux marchés boursiers, nous avons intérêt à avoir des obligations à longue duration dans nos portefeuilles. C’est très important.

Supposons que nous entrons dans une période de ralentissement économique. Les actions encaissent des pertes. Pendant ce temps, les obligations à duration normale font un peu d’argent – mais pas beaucoup. Par contre, les obligations à longue duration font meilleure figure. Si vous en avez dans votre portefeuille, vous pourriez enregistrer des gains qui vous aideront à amortir l’essoufflement des marchés. C’est ce qui en fait d’excellents contrepoids.

Vous avez mentionné que vos décisions ne tiennent pas compte de la dynamique des marchés, mais qu’en est-il des taux d’intérêt? Tout le monde en parle, après tout.

Nous ne misons pas sur les taux d’intérêt. Nombreux sont ceux qui, pendant longtemps, ont prédit la hausse des taux d’intérêt. Aujourd’hui, on parle plutôt de baisse de taux. Je le répète : tenter de prédire l’évolution des marchés est un sport dangereux, notamment pour les investisseurs à long terme.

Je suppose que vous ne misez pas non plus sur l’inflation.

C’est exact. Les prix des obligations dépendent de l’inflation. Le marché table sur la direction de l’inflation dans un an, cinq ans ou davantage. Pourtant, les prix actuels des obligations tiennent déjà compte de ces anticipations. Pour faire de l’argent en misant sur l’inflation, il faut faire des prédictions encore plus précises que celles des marchés. Nous estimons ne pas avoir la prévoyance nécessaire pour le faire. Pour cette raison, nous ne misons pas sur l’inflation non plus, comme vous le dites.

Vous disposez d’un vaste éventail de FNB pour atteindre des buts semblables. Comment avez-vous fait vos choix?

Nous avons retenu les meilleurs FNB en fonction des placements que nous recherchions. Le facteur le plus important était les coûts, notre but étant de réduire au minimum les frais de gestion et d’opération ainsi que les impôts. Nous avons même adapté nos placements en fonction des types de comptes afin de profiter du traitement fiscal de chacun. Par exemple, les REER ne sont pas assujettis à la retenue d’impôt américaine sur les dividendes. Dans ce type de régime, nous avons recours au FNB américain IEFA, qui nous permet d’investir dans les actions internationales tout en réduisant les coûts globaux. Par contre, pour ce qui est des comptes non enregistrés et des CELI, nous optons plutôt pour le FNB canadien XEF, puisque ce type de compte est assujetti à la retenue d’impôt. Bref, nous tenons compte des incidences fiscales, qui sont complexes, pour réduire les coûts totaux au minimum.

Allez-vous prendre l’habitude de jouer avec les portefeuilles?

Notre philosophie de placement demeure la même : investir dans un portefeuille diversifié et peu coûteux qui a de bonnes chances de dégager de bons rendements à long terme. Il va sans dire que nous saisirons toutes les occasions qui se présenteront pour rehausser nos portefeuilles. N’oubliez pas que le portefeuille que nous avons choisi pour vous reste tout indiqué, et ce, tant que vos objectifs ne changent pas. De plus, vous gardez le contrôle des facteurs les plus importants de l’investissement, à savoir votre capacité à épargner, à investir régulièrement et à suivre votre plan.